El Cachafaz (2)

Fragments du « Copi » de César Aira
Beatriz Viterbo Editora, Buenos Aires 1991
14/ Le seuil entre comic (1) et théâtre est faible, donc moins marqué que le passage au récit. Mais cette différence d’intensité marque à peine une mise en perspective qui peut varier selon le point de vue. […] Le seuil, les seuils, sont à l’intérieur de l’œuvre de Copi et la constituent. Et le passage d’un terrain à l’autre est à peine un parmi une prolifération de transformations : entre sexes, entre l’humain et l’animal, entre l’enfant et l’adulte, entre la vie et la mort.
19/ L’Uruguay est le locus du réalisme argentin, la scène où l’on représente la réalité de l’Argentine – qui ne se représente pas en Argentine, patrie par excellence de la représentation. L’Uruguay est une Argentine miniaturisée, c’est à dire l’objet artistique a priori. Par ailleurs, l’Uruguay s’ajuste à la théorie borgésienne du réalisme. Il disait que l’action de ses contes, il préférait la situer à une époque pas trop proche du présent, pour que les lecteurs ne puissent pas trouver les défauts liés au réalisme, mais pas non plus trop lointaine, pour que ces défauts ne soient pas trouvés par les historiens. […] En un mot, pour Borges, la fiction c’est l’invérifiable. Transposée la méthode du temps et de l’espace, l’Uruguay devient le paysage obligé de l’écrivain argentin. Disons que si Borges est le théoricien de cette situation, Onetti est son poète.
26/ […] un Leitmotiv de la narrative de Copi, le crime horrible commis dans un laps d’amnésie.
27/ Tous les contes de Copi ainsi que les chapitres de ses romans sont des paragraphes uniques. Et toute la fiction est un continuum. Le théâtre est la même chose en agissant dans le temps réel. C’est le continuum : la journée de Bloom, les sessions unitaires de Kafka, l’édition en un seul volume et sans ponctuation dont rêvait Proust pour son livre.
29/ L’aventure, la surprise, fait partie de son bonheur quotidien, pour une nécessité que moi (2), je trouve baroque : à l’intérieur d’une situation, il ne peut y avoir du vide. C’est dire l’instabilité, et même l’horreur qui guette dans son bonheur. La règle est : tout le monde doit être le réceptacle de l’autre, il ne peut y avoir des mondes dépourvus d’autres mondes à l’intérieur. Tout est vêtu de sa représentation et c’est cela le baroque (3) .
48/ Las viejas Travestis. Dans ce beau conte mille-et-une-nuits-esque, on est pleinement dans ce « monde à l’intérieur du monde » qui est la scène gay où Copi a trouvé son destin baroque. Désormais l’univers à moitié autonome des « folles » sera son Teatro del Mundo, ce que le christianisme fut pour Calderón ; le triomphe sera d’arriver au sublime par cette dérision.
(1) il ne dit pas historieta (BD) – subtil différence mais importante quand on songe au passage de Copi par les USA
(2) César Aira, bien sûr
(3) C’est le traducteur qui souligne
Traduction d’Oscar Strasnoy (sorry)