Conversations avec Mauricio Kagel

Mauricio Kagel
Fragments d’une conversation de Mauricio Kagel avec Max Nyffeler (2000)
entretien complet en allemand :
Mauricio Kagel im Gespräch mit Max Nyffeler
entretien complet en anglais :
Mauricio Kagel in conversation with Max Nyffeler
J’ai eu de la chance d’être né en Argentine, car je n’y avais pas été confronté à la notion d’hégémonie culturelle qui avait justifié tant d’entraves et d’agressions fatales en Europe. Ce fut une des découvertes qui m’a effrayé en premier [de l’avant-garde à l’arrivée de Kagel en Europe en 1957]. Comme quelqu’un arrivant d’outre-mer, je pensais : qu’est-ce que mes collègues connaissent et, grâce à une vie musicale éclairée, que connaissent-ils que je ne connaisse pas ? Et j’ai réalisé : Ravel, par exemple, était pratiquement inconnu, de Reger ils avaient quelque petite idée et de Scriabine ils avaient peut-être entendu un Prélude pour piano. J’ai rencontré une approche musicale pauvre et unilatérale, et cette situation anémique continua ainsi longtemps, parce que l’avant-garde gardait sa galerie d’ancêtres réduite à l’ignorance et avait peur d’être contaminée. C’est un thème compliqué. Mais de là à croire qu’on peut écrire quelque chose de nouveau en niant ce qui a déjà été créé, ce n’est pas seulement erroné, mais cela mène à des pièces superficielles, sans autonomie musicale ni adéquation historique.
(…)
D’un côté Darmstadt était la tentative de rattraper ce de quoi le « Reich millénaire » les avait privé. Mais les très jeunes compositeurs de l’époque n’avaient vécu qu’un petit bout du nazisme. D’un côté il y avait la nécessité de rassembler rapidement de l’information. Et puis, il y a l’ « entretien » du spécifiquement allemand, du spécifiquement anglais, du spécifiquement italien. Cela est la plupart du temps d’une couleur terriblement provinciale, souvent même étroitement régionale.
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Je crois que l’idée de mode joue aussi un rôle déterminant dans le monde de la culture. Pendant les années où j’ai été résident en Europe, j’ai été dans la position d’observer plusieurs modes avec des vies à la brièveté variable. Et cela est particulièrement vrai en Allemagne. J’ai essayé de poursuivre mon propre (quoique d’aucune manière prédéterminé) chemin sans distraction. Dans la scène musicale, il y a une étrange nostalgie pour le culte de figures et leaders qui un peu me rappelle celle de l’infâme principe de Führer. Quand je suis allé pour la première fois à Darmstadt, en 1958, tout le monde parlait de la Jeune Génération et des « leaders de l’avant-garde ». Cela faisait tourner mon estomac dans toutes les directions possibles.
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Il y a dans le monde de la musique des icones linguistiques ; ils mènent tout simplement vers l’auto-tromperie. (…) Certains sujets dans mes pièces ont deux, voire trois interprétations possibles. Je m’intéresse à l’ambigüité, mais non pas parce que je suis fan de l’ambigüité en-soi, mais parce que c’est un élément essentiel du monde extérieur.
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Aujourd’hui, il y a trois catégories de composition musicale : 1) de la musique écrite pour obtenir une réponse immédiate du public. 2) de la musique faite sur mesure pour des interprètes et instruments particuliers. Et 3), une anomalie contemporaine qui n’existait pas auparavant : de la musique de compositeurs pour compositeurs. Devant celle-ci, l’auditeur reste dehors, derrière la porte. Il n’obtient pas, pour ainsi dire, de ticket d’entrée. Je me garde de condamner cette musique, mais elle pose une problématique nouvelle.
© 2000 Max Nyffeler.
Traduction partielle, Oscar Strasnoy, 2009
Bonus : una entrevista póstuma [ñ] de Juan María Solare a Kagel
Kagel entrevista póstuma (por Solare)
et bientôt sa traduction en français…